La Tradition des troupes étrangères au service de la France

 

La tradition des troupes étrangères au service de la France remonte à la période féodale, où les communautés roturières rachetaient leur service d'« arrière-ban » en consentant à des impositions grâce auxquelles les rois constituaient des armées à leur guise. Les hasards du recrutement leur fournissaient alors des nobles ou des roturiers, des Français ou des étrangers.

Philippe-Auguste employa régulièrement des étrangers auxquels il imposa d'ailleurs une rude discipline, compensée par des soldes très élevées pour enlever à ces troupes tout prétexte à pillage.
Philippe-le-Bel utilisa des arbalétriers génois, réputés pour leur adresse; ses successeurs employèrent des Espagnols et des Allemands.
Mais il fallut attendre jusqu'à Charles VII pour voir s'organiser en France une véritable armée permanente.
En 1439, la « Pragmatique » créa quinze « compagnies d'ordonnance ». Sur ces quinze, deux étaient écossaises: la compagnie écossaise des gardes du corps » et la « compagnie des gens d'armes écossais ».
Les unités e nationales » ne donnant pas toujours satisfaction, pour des motifs divers, les rois se virent obligés de recourir de plus en plus aux mercenaires étrangers. Sous François 1er, ils formaient la plus grande partie de l'infanterie : Suisses, Allemands, Savoyards, Liégois , Piémontais. L'armée de Marignan avait 16.000 étrangers sur 26.000 hommes.
Les étrangers s'infiltrèrent peu à peu dans la cavalerie au fur et à mesure que la cavalerie lourde cédait le pas à la cavalerie légère. En 1509, Louis XII avait 400 lances mauresques.
En 1568. On joignit à l'infanterie suisse 6.500 cavaliers allemands, italiens ou espagnols.
En 1635, Richelieu enrôla des Hongrois et des Lorrains. La même année, il prit à sa solde 16 vieux régiments allemands appartenant au duc Bernard de Saxe-Weimar.
Louvois s'efforça de nationaliser davantage notre armée. L'élément étranger diminua et ne dépassa plus alors la pro portion d'un sixième de nos contingents. Mais ses successeurs abandonnèrent cette tendance, le nombre des étrangers atteignait 52.000 hommes sous Louis XV.
A la veille de la Révolution, nous trouvons dans nos rangs 41.000 étrangers sur un effectif budgétaire de 146.000 hommes.
Une mention particulière doit être accordée aux Suisses. Louis XI ayant recouru à leur aide dans sa lutte contre Char les le Téméraire, voulut éviter que ses adversaires ne se servissent pas de ces soldats: il passa donc avec divers cantons suisses des Capitulations qui furent renouvelées par ses successeurs soucieux de conserver des troupes aussi expérimentées que fidèles.
Leurs officiers étaient suisses les troupes étalent soumises à des juridictions militaires suisses soucieuses de conserver leur vieille réputation.
Les effectifs suisses varièrent : d'abord au nombre de 6.000 hommes, ils furent portés à 20.000 sous Louis XII pour diminuer ensuite.
Au moment de la Révolution, l'armée française comprend 11 régiments suisses, soit 11.473 hommes, le régiment des Gardes Suisses soit 2.384 hommes, la compagnie des Cent Suisses et la compagnie de la Garde Ordinaire de M. le Comte d'Artois, soit au total environ 14.000 hommes.
Après une réaction initiale opposée aux troupes étrangères, la Révolution dut songer à les utiliser de nouveau car la guerre ne lui laissait pas la possibilité de dédaigner aucun secours.
Appelant les «hommes libres » à déserter la cause des tyrans, elle crée le 8 janvier 1792 une « Légion Étrangère » où les engagements sont assortis d'avantages sérieux, supérieurs à ceux offerts aux nationaux français.
Le Directoire, à son tour, rappelle les Suisses et passe le 15 août 1798 une Capitulation avec leur pays.
Le Consulat agit de même et le 27 septembre 1803, 16.000 Suisses sont pris au service de la France.
L' Empire renforça les légions composées d'étrangers et Napoléon dut même en venir, pour soutenir son effort militaire, à la conscription dans les pays occupés par les troupes françaises.
Mais ce nouveau moyen d'enrôlement n'offrant que des résultats médiocres, Napoléon licencia peu à peu, à partir de 1810, certains corps étrangers, ne gardant que ceux qui paraissaient attachés à sa fortune : Italiens. Polonais et Suisses.
Après la chute de l'Empire, les Bourbons licencièrent tous les étrangers, ne conservant que les Suisses, en raison de leurs services passés sous la Monarchie.
Le 16 décembre 1814, la Restauration créa un régiment colonial étranger, afin d'utiliser les Espagnols ou les Portugais qui ne pouvaient rentrer chez eux. Trois régiments étrangers furent en outre conservés et fournirent les 1er, 2ème et 3ème Étrangers.
Au retour de l'île d'Elbe, Napoléon rappela les étrangers licenciés, mais Waterloo ne lui laissa pas le temps de les utiliser. Louis XVIII licencia ces huit régiments et une ordonnance du 16 septembre 1815 régla la condition des étrangers qui voulaient entrer dans un corps spécial créé pour les recevoir: ce corps devait s'appeler « Légion royale étrangère ». Il changea de nom en 1816 et devint « Légion Hohenlohe », du nom de son colonel. Le 22 février 1821, cette légion devient le « régiment Hohenlohe » qui sera licencié après la révolution de 1830. Les étrangers du régiment Hohenlohe aidèrent à former le 2lème Régiment d'infanterie légère. Les Suisses, violemment attaqués pendant la Restauration, furent également licenciés et retournèrent en Suisse.
Mais, une fois encore, les nécessités d’ordre intérieur et extérieur firent fléchir les principes et, le 10 mars 1831, était promulguée l'ordonnance organisant la Légion Étrangère, dont la loi du 9 mars avait autorisé la création.
Le statut de l'époque ne diffère de celui actuellement en vigueur que sur les points suivants:
– Les compagnies devaient être constituées d'hommes de même nation ou parlant la même langue.
– L'engagement minimum était de 3 ans.
Quant à « l'anonymat» légionnaire, il était dès lors prévu puisque le candidat pouvait s'engager sans justifier de son identité.
Le premier dépôt fut établi à Langres puis à Bar-Le-Duc

La Légion Étrangère en Algérie jusqu’en 1900

Réunis à Toulon, les 6 bataillons constitués au début arrivèrent en Algérie au mois d'août 1831.
Les légionnaires se distinguèrent pour la première fois devant Maison-Carrée , près d'Alger, le 27 avril 1832. Le 24 juin 1832, la Légion recevait son premier drapeau.
Interrompue quelques mois par la cession de la Légion à l'Espagne, la tradition fut bientôt reprise par la nouvelle Légion Étrangère qui, en avril 1841, fut dédoublée en deux régiments. L'organisation de la Légion changera par la suite bien des fois.
En 1843, les légionnaires s'installent dans une région alors désertique et fondent le poste de Sidi-bel-Abbés qui grâce à leur travail, deviendra bientôt une véritable ville. Ils ne quitteront ce lieu momentanément qu'au moment de l'expédition du Mexique.
La pacification de l'Algérie, interrompue parles campagnes de Crimée et d'Italie, ainsi que par celle du Mexique, se poursuivra jusqu'en 1900 et verra la Légion Étrangère participer pratiquement à toutes les colonnes, parcourir tous les secteurs, jusqu'à l'heure où les limites du Sahara seront partout atteintes, où la frontière marocaine sera jalonnée de postes solides, où des reconnaissances auront déjà été effectuées dans le Grand Erg Occidental ou vers les pentes de l'Atlas.
Les combats de : Constantine (1837) – Djidjelii (1839) – Miliana (1840) – Zaatcha (1849) – Ischeriden (1857) marquent quelques étapes de cette longue œuvre de pacification.

La Légion Étrangère et les guerres européennes

Espagne 1835-1838
Contraint par des accords internationaux à soutenir Isabelle Il d'Espagne dans sa lutte contre Don Carlos, le roi Louis-Philippe jugea pratique de céder la Légion Étrangère qu'il venait de fonder. Cette cession est en somme la dernière manifestation de l'ancienne notion du mercenariat.
En juillet 1835, la Légion, rayée de l'armée française, se retrouvait en Espagne. Jusqu'à la fin de 1838, elle s'y distingua constamment, malgré le dénuement dans lequel le gouvernement espagnol la laissa.
C'est à la veille de l'expédition d'Espagne que le colonel Bernelle ordonna le mélange des nationalités au sein des compagnies.
Le colonel Conrad, qui succéda au précédent, fut tué au combat de Barbastro le 2 juin 1837.
Crimée 1854-1856
En juillet 1854, la Brigade de la Légion Étrangère, formée des 1er et 2ème Régiments Étrangers, débarqua à Gallipoli pour gagner ensuite la Crimée. Il s'agissait, conjointement avec l'Angleterre, de secourir les Turcs menacés par la Russie.
Les légionnaires devaient passer deux hivers terribles, décimés par le choléra, épuisés par les durs travaux de siège autour de Sébastopol.
Les combats de l'Aima – 19 septembre 1854 – d'lnkermann , de Malakoff et la prise de Sébastopol – 8 septembre 1855 – marquent les étapes de cette campagne,
Le colonel Viénot fut tué à la tête du 1er Régiment Étranger le 1er mai 1855.
Italie 1859
La Légion participa brillamment à cette campagne qui devait permettre de réaliser l'unité italienne.
Partis en mars 1859, les deux régiments prirent une part glorieuse à la bataille de Magenta 4 juin 1859-et le 2ème à celle de Solférino – 24 juin 1859.
Le colonel de Chabrière fut tué à Magenta à la tête du 2ème Étranger.
Pour le cinquantenaire de cette campagne, la ville de Milan remit une Médaille d'or aux drapeaux des deux régiments.

La Légion Étrangère au Mexique

Lorsque l'empereur Napoléon III résolut d'accorder le concours de la France à l'expédition destinée à placer Maximilien d'Autriche sur le trône du Mexique, le Régiment Étranger ne figurait pas sur la liste du corps expéditionnaire. Il dut demander avec insistance l'honneur de participer à cette campagne.
Le 7 février 1863, 2 bataillons s'embarquaient à Oran à destination de Vera Cruz. Ils furent peu à peu rejoints par la totalité du régiment.
Chargés d'abord de garder les voies de communication entre la côte et Puebla, les légionnaires furent victimes en grand nombre de la fièvre jaune, le «  vomito negro  ».
La 3ème compagnie du Régiment Étranger s'illustra tout particulièrement au combat de Camerone – 30 avril 1863.
Ensuite, les légionnaires remontèrent à l'intérieur du pays et participèrent à de nombreuses colonnes. D'autres faits d'armes valurent à la Légion la considération de tout le corps expéditionnaire, parmi lesquels
·        Prise d' Oajacca ................  : 9 février 1865
·        Combat de Santa Isabel ....  : 1er mars 1866
En février 1867, la France renonça à poursuivre l'aventure mexicaine, après que l'Angleterre et l'Espagne l'aient abandonnée dans ce projet formé en commun. Le Régiment Étranger rentra en Algérie, ayant perdu 31 officiers et 1917 sous-officiers et légionnaires, entre les tués au combat et les morts suite de maladie.

La Légion Étrangère en France 1870-1871

En octobre 1870, deux bataillons de Légion venant d'Algérie sont dirigés sur Bourges.
De nombreux volontaires étrangers demandant à servir la France, un 5ème bataillon est formé à Tours sous les ordres du commandant Arago. Ce bataillon se distingue particulièrement devant Orléans les 10 et 11 octobre où il perd 6 officiers dont son commandant et les deux tiers de son effectif. Le sous-lieutenant Kara – le futur Pierre 1er de Serbie – fait partie de ce bataillon.
Le 9 novembre, le Régiment Étranger prend part à la victoire de Culmiers et à la reprise d'Orléans. Malheureusement, ces victoires sont sans lendemain. Le 3 décembre, il participe au combat d'Artenay et le 4ème un assaut meurtrier à la baïonnette devant Cercottes .
Puis le régiment est envoyé en janvier à l'armée de l'Est où il est engagé près de Montbéliard, à la ferme du Mont, Chevis , et sous Besançon jusqu'à la conclusion de la paix.
En juin 1871, la Légion Étrangère regagne l'Algérie. Elle a perdu 14 officiers, 52 sous-officiers et 864 légionnaires.

La Légion Étrangère et les campagnes Outre-Mer

La place qu'avait su s'octroyer la Légion Étrangère dans l'armée française devait lui valoir l'honneur de participer à toutes les expéditions importantes organisées outre-mer.
Tonkin 1883-1940
Le 7 novembre 1883, un bataillon de Légion débarquait à Haïphong . Les légionnaires ne devaient plus quitter l'Indochine jusqu'en 1956...
De 1883 à 1887, les opérations de conquête furent jalonnées par les noms de Sontay , Bac Ninh , Tuyen-Quang , Lang Son. La frontière de Chine fut atteinte et solidement marquée par des postes.
De 1887 à 1919, la lutte contre les pirates - les fameux « Pavillons Noirs » - et la pacification du pays se poursuivirent .
De 1920 à 1940, les travaux d'implantation continuèrent dans un calme relatif, malgré les troubles suscités par le parti communiste annamite.
Formose 1885
Le 4ème bataillon du 2ème Étranger participa aux opérations autour de Kélung . 5 mois lui suffirent pour prouver sa valeur.
Soudan 1892-1893
Un sultan cruel, Samory , dévastait un pays qui ne de mandait qu'à vivre en paix. La France entreprit de protéger les habitants incapables de se défendre eux-mêmes.
Deux colonnes furent organisées auxquelles la Légion participa. Malgré les conditions géographiques et climatiques extrêmement dures, le pays fut délivré des bandes de pillards.
Dahomey 1892-1894
Un autre tyran, Behanzin , faisait régner la terreur sur ce royaume immense et menaçait les colonies françaises voisines.
Un bataillon de Légion fut constitué pour participer à la campagne que le colonel Dodds allait entreprendre. Son chef, le commandant Faurax , fut tué au combat de Dogba .
Le colonel Dodds devait dire plus tard l'estime en laquelle il tenait les légionnaires :
« Sans eux, je n'aurais jamais pu entreprendre l'expédition du Dahomey. Je n'ai jamais eu l'honneur de commander à d'aussi admirables soldats: on peut tout leur demander! ».
Siam 1893-1897
Constitué pour faire face à une menace des plus sérieuses sur la frontière du Laos, le Bataillon de Marche du Siam n'eut pas à combattre mais il effectua d'importantes reconnaissances et de précieux travaux topographiques dans ce pays encore inconnu.
Madagascar 1895-1905
En 1895, à la suite de graves incidents, la France entreprit de conquérir Madagascar. Le Bataillon de Marche de Légion entrait à Tananarive, la capitale, le 30 septembre 1895, terminant ainsi la pénétration des parties importantes de la grande île. Son action fut telle que le général Galliéni , appelé à réduire les derniers centres de rébellion en 1900, demanda « d'emmener avec lui 600 hommes de la Légion Étrangère afin de pouvoir, le cas échéant, mourir convenablement »... Cette seconde phase de l'époque malgache ne fut pas moins dure ni moins glorieuse que la première. Les régions les plus reculées de l'île furent peu à peu pacifiées au prix de sacrifices énormes et tel légionnaire de Ire classe se retrouva soudain promu au rang de chef de district, un district qui avait quelque 50 kilomètres de rayon... L'œuvre des légionnaires bâtisseurs a été retrouvée presque intacte par leurs héritiers du Bataillon de Légion Étrangère de Madagascar,

La Légion Étrangère au Maroc et en Syrie

Tandis qu'elle participait aux guerres européennes aussi bien qu'aux expéditions lointaines, la Légion n'en ralentissait pas pour autant son effort dans le sud-ouest algérien.
Les premières années du XXeme siècle virent les légionnaires ouvrir puis équiper l'axe Sefra - Béchar , et pousser vers le sud en direction des Oasis. Dès 1900, une colonne du 2eme Étranger traversait le Grand Erg Occidental pour la première fois. Les convois sillonnèrent peu à peu ces étendues immenses sous la protection des fameuses compagnies montées. Les combats de Taghit , de Mazet et surtout d'El Moungar marquent les étapes de la pénétration saharienne.
Les pillards tentant de reprendre leurs proies séculaires, il fut bientôt nécessaire de les poursuivre au-delà des frontières marocaines, encore mal définies d'ailleurs. Une première colonne fut organisée en 1908 qui, après les combats de Menabha , de Beni-Ouzien et de Bou-Denib , réussit à s'implanter dans la vallée du Haut-Guir pour surveiller les pentes sud de l'Atlas.
D'autre part, des événements politiques extrêmement graves nous avaient conduit, en 1907, à occuper Berguent et Oujda, puis à débarquer à Casablanca. En1914, la jonction était réalisée à Taza entre ces deux dernières colonnes.
Ralenties par la Première Guerre mondiale, l'occupation et la pacification du Maroc ne prirent fin qu'en 1954. Aucune des multiples expéditions n'eut lieu sans que la Légion n'y participe. Durant 27 années, les 1er et 2ème Régiments Étrangers, auxquels se joignirent en 1921 les 3ème   et 4ème R. E. I. et le 1er R. E. C. nouvellement formés, sillonnèrent toutes les pistes de l'Atlas ou du Rif, construisant sans relâche des routes ou des postes. L'exploit que réalisèrent 42 légionnaires en perçant le tunnel du Foum el Zabel est le symbole de cette activité pacifique autant que guerrière.
Quant aux combats héroïques, il est impossible de les citer tant ils furent nombreux.
Une autre page fut écrite par 2 bataillons du 4ème R. E. I. et par le 1er R. E. C. en Syrie. De 1925 à 1926, ils livrèrent des combats épiques contre les Druzes fanatiques. Les dernières charges de la cavalerie traditionnelle eurent pour cadre celui là même où s'étaient déroulées les Croisades.
Le 6eme Régiment Étranger fut constitué, en 1936, avec les éléments encore stationnés dans le Proche-Orient.

La Légion Étrangère et la grande Guerre

La participation de la Légion aux campagnes marocaines ne fut qu'à peine réduite par la guerre de 1914 - 1918.
C'est que, comme en 1870, des milliers de volontaires étrangers demandèrent à servir dans ses rangs sur le front de France.
Encadrés par des éléments venus d'Afrique, 4 Régiments de Marche furent constitués, 3 par le 1er Étranger, 1 par le 2ème Étranger. Ils s'illustrèrent en Argone – 4ème R. M, du 1er Étranger, Régiment Garibaldien-, en Artois – 2ème   R. M. du 1er Étranger, en Champagne – 2ème R. M. du 1er   Étranger et 2ème R. M. du 2ème Étranger
Les effectifs ayant été considérablement réduits tant à la suite des sacrifices consentis sur ces divers champs de bataille qu'après le reversement à leurs armées nationales des volontaires de diverses nationalités alliées, un seul Régiment de Marche de Légion Étrangère fut constitué le 11 novembre 1915.
Il devait s'illustrer tellement jusqu'à la fin de la campagne qu'il fut nécessaire de « créer pour lui des récompenses nouvelles »...
·        Belloy-en-Santerre (juillet 1916)
·         Aubérive (avril 1917)
·        Cumières (août 1917)
·        Hangard (avril - mai 1918)
·        Montagne de Paris (mai 1918)
Sont les principales étapes d'une route triomphale autant que sanglante qui devait s'achever, en septembre 1918, par la percée de la fameuse « Ligne Hindenburg » au nord-est de Soissons.
Le 3ème Régiment Étranger d'Infanterie, héritier depuis 1920 de la gloire accumulée par le R. M. L. E., conservait le drapeau le plus décoré de l'armée métropolitaine.
Chaque année, le 14 septembre, il célèbre la « Fête de la Fourragère » à la mémoire de ses grands anciens.
En plus de ces actions d'éclat accomplies en France, un bataillon de Légion se couvrait de gloire aux Dardanelles et en Serbie.

La Légion Étrangère dans la deuxième guerre mondiale

Après quatre années de repos relatif, la 2ème Guerre mondiale devait à nouveau donner à la Légion l'occasion de prou ver sa valeur autant que son esprit d'indépendance.
Dès les premiers jours du conflit, des milliers de volontaires étrangers affluèrent une fois de plus pour défendre leur patrie d'adoption. Les unités d'Afrique du Nord fournirent les cadres nécessaires à la formation des 11ème et 12ème R.E.I. puis des 21ème, 22ème et 23ème Régiments de Marche de Volontaires Étrangers. Trois bataillons de pionniers volontaires étrangers furent en outre constitués.
Toutes les unités qui furent engagées sur le front de France se montrèrent dignes de la glorieuse tradition légionnaire. Entre autres les 11ème R.E.I. et 22ème R.M.V.E. résistèrent jus qu'au bout à la poussée ennemie et ne cessèrent le combat qu'après l'armistice, toutes leurs ressources étant épuisées.
Pendant ce temps, en Algérie, se constituait la 13eme Demi-Brigade de Légion Étrangère, destinée aux opérations de montagne. Cette dernière-née entra dans l'histoire aussitôt à l'occasion de l'expédition de Narwick . Regroupée en Angle terre après l'armistice, elle constitua le premier noyau des Forces Françaises Libres. Après le Cameroun, l' Erythrée et la Syrie, elle se trouvait en Libye en 1942, où l'exploit légendaire de Bir Hakeim lui fit prendre place au premier rang des unités combattantes. Peu après, à l' Himeimat , elle avait la douleur de perdre en plein combat, le colonel prince Amilakvari .
Elle participait ensuite à la campagne de Tunisie, à celle d'Italie, au débarquement de Provence et ce formidable périple s'achevait sur les bords du Rhin.
Pendant ce temps, les unités stationnées en Afrique du Nord constituaient le Régiment de Marche de Légion Étrangère, héritier de celui de 1914-1918, qui, aux côtés du 1er R.E.C., s'illustrait en Tunisie, en France et en Allemagne, forçant l'ennemi jusque dans ses derniers repaires.
« Cette guerre a eu ses malheurs et ses gloires, mais la Légion est restée elle-même partout où elle est passée ».
(Général de Gaulle)

La Légion Étrangère en Indochine

Formé en 1930 avec les éléments stationnés en Extrême Orient, le 5ème Régiment Étranger - Régiment du Tonkin - fut en grande partie massacré par les Japonais en mars 1945 au mépris des conventions d'armistice. Une retraite épique permit aux rares survivants de se regrouper en Chine.
La Légion ne pouvait encore abandonner cette Indochine qu'elle avait en partie créée. Le 6 février 1946, le 2ème Étranger reformé débarquait à Saigon, suivi par la 13ème D. B. L. E. et le 3ème R.E.I .. Le 1er R.E.C. à son tour s'installait en Centre, Annam.
L'agitation communiste, gagnant peu à peu tout le pays, rendit nécessaire un peu partout l'intervention ou la présence de nos unités.
Au sud, le 2ème R. E. I. tient alors les itinéraires vitaux. La 13ème D. B. L. E. dégage Saigon, le 1er R. E. C. rayonne autour de Tourane tandis que le 3ème R. E. I. pousse vers la frontière chinoise. Une compagnie parachutiste y est formée qui donnera naissance à nos bataillons parachutistes.
Mais la pression viet s'accentue dans les alentours du Delta, marquée entre autres par l'héroïque défense du Phu Tong-Hoa . Difficultés politiques, nécessités stratégiques se conjuguent pour forcer les légionnaires à multiplier leurs faits d'armes. Ils sont présents partout, renforcés en 1950 par le nouveau 5ème R. E. I. Il est bientôt nécessaire d'évacuer les postes de la frontière nord. La retraite de nos forces de Cao Bang, de That Khé puis de Lang-Son n'est rendue possible que par le sacrifice, sciemment consenti, du 1er B. E. P. et du 3ème R. E. I. qui, à travers la jungle, combattent jusqu'au bout pour retarder l'avance des Viets.
De 1951 à 1953, la situation reste stationnaire. Au sud, c'est l'éternel travail d'ouverture de routes, de protection de centres. La fameuse "Rafale" poursuit son opiniâtre cheminement entre Saigon et Natrang . Dans le Delta, le dispositif se resserre mais demeure efficace.
1953 verra s'établir en plein centre du pays travaillé par les Viets les camps retranchés de la plaine des jarres et de Dien  Bien  Phu , pour tenter de détourner du Delta la véritable marée ennemie qui déferle. Des coups de mains, tel celui de Lang-Son , sont d'autre part montés pour détruire les centres de ravitaillement adverses.
C'est contre Dien Bien Phu que vont s'acharner les unités viets devenues des divisions puissamment armées. Dans cette cuvette peu étendue, se trouvent, le colonel et deux bataillons de la 13ème D. B. L. E., le colonel et un bataillon du 3ème R. E. I.., le 1er B. E. P., le 2ème B. E. P., le 1er bataillon du 2ème. R. E. I., des éléments du 5ème   R. E. I. auxquels se joindront volontairement de forts contingents venant de tous les autres corps.
Tous sont décidés à "faire Camerone" ... et ils le feront. Après une héroïque défense de 4 mois dont le dernier sera un véritable enfer de feu, les points d'appui succombèrent l'un après l'autre. Comme à Camerone " la masse les écrasa"...
En juillet 1954, le cessez-le - feu intervient. Le 12 mars 1956, la dernière unité de la Légion quittait l'Indochine, après 72 années de sacrifices.

La Légion Étrangère depuis 1954

Les derniers combats d'Indochine n'étalent pas terminés, que déjà certaines unités de Légion Étrangère étaient engagées en Algérie. Et quelques mois plus tard, tous les régiments se trouvaient rassemblés sur ce territoire, accourus d'Extrême-Orient, de Tunisie et du Maroc.
Ils y participaient activement aux opérations de maintien de l'ordre, tantôt dans le cadre des unités implantées, tantôt dans celui des unités d'intervention, mais toujours avec une efficacité qui permit à leurs chefs de les classer « au premier rang des troupes d'élite de l'armée française ».
En 1956, un régiment étranger parachutiste participa à l'expédition de Suez, tandis qu'à la même époque un détache ment allait s'implanter à Madagascar.
Un jour combattants redoutés de leurs adversaires sur les barrages ou dans les djebels, et le lendemain instituteurs, infirmiers, pionniers, appréciés des populations pauvres, les légionnaires, attachés à la terre conquise et transformée par leurs anciens, y donnèrent le meilleur d'eux-mêmes.
Ils étaient plus de 20.000 répartis en 3 régiments d'infanterie semi-motorisée , - 2 régiments d'infanterie portée, - 2 régiments de parachutistes, - 2 régiments de cavalerie, - 4 compagnies sahariennes, - 1 régiment d'instruction et de dépôt.

La Légion Étrangère en 1963

La fin des opérations d'Algérie a entraîné des modifications dans l'implantation de la Légion Étrangère jusqu'alors stationnée en quasi-totalité sur ce territoire.
Dans le courant de l'été 1962, le 3ème Régiment Étranger et la 13ème Demi-Brigade de la Légion Étrangère ont été transférés le premier a Madagascar, la seconde à Djibouti.
Dans le même temps, le 1er Régiment Étranger faisait mouvement vers la métropole où ses derniers éléments débarquaient en novembre.
L'état-major et les services se sont installés au camp de la Demande à Aubagne (Bouches-du-Rhône). C'est là qu'ont été transportés le Monument aux Morts et les souvenirs des Salles d'honneur et du Musée. Bientôt, ils y trouveront un cadre digne de l'ancien.
Le Groupement d'Instruction, lui, s'est installé en Corse a Corte et Bonifacio où il a repris sa mission de formation des jeunes légionnaires.
Les 2ème, 3ème et 5ème Régiments Étrangers, le 1er Régiment Étranger de Cavalerie et le 2ème Régiment Étranger de Parachutistes sont toujours en Afrique du Nord dans le cadre des Forces Armées Françaises en Algérie.
Des changements, des transformations se produiront encore. Les Légionnaires le savent et s'y préparent. Ils sont prêts à assumer les nouvelles missions qui leur seront confiées car la France aura encore besoin d'eux.


La Légion Étrangère
a perdu au service de la France
 
 
OFFICIERS
SOUS-OFFICIERS
LEGIONNAIRES
ALGERIE
1831-1882
27
61
756
ESPAGNE
1835-1839
28
98
977
CRIMEE
1854-1855
25
32
387
ITALIE
1859
4
11
128
MEXIQUE
1863-1867
22
32
414
FRANCE
1870-1871
14
52
864
SUD-ORANAIS
1882-1907
8
46
601
TONKIN
1883-1910
23
159
1882
FORMOSE
1885
3
6
24
DAHOMEY
1892-1894
2
4
31
SOUDAN
1893-1894
 
 
2
MADAGASCAR
1895-1901
5
27
228
MAROC
1907-1914
5
21
299
FRANCE
1914-1918
139
349
3628
ORIENT
1914-1918
16
78
721
MAROC
1914-1918
4
40
304
TONKIN
1914.1940
1
5
49
MAROC
1920-1935
74
158
1264
SYRIE
1925-1927
2
6
37
GUERRE
1939.1940
118
821
8078
INDOCHINE
1945-1954
309
1082
9092
MADAGASCAR
1947-1950
3
1
1
TUNISIE
1952-1954
2
1
1
MAROC
1953-1956
3
7
56
ALGERIE
1954-1962
65
278
1633

Source Képi Blanc

Diaporama des opérations ICI